Le tourisme automobile alpin : origines…

Dès le milieu du XIXe  siècle, les exploits des premiers alpinistes, les paysages grandioses et les vertus thérapeutiques des cures d’altitude vont attirer vers les vallées alpines une population riche et privilégiée. D’abord  réservées à une poignée d’aventuriers, ces régions deviennent accessibles grâce à l’essor du  chemin de fer, notamment les trains de la compagnie Paris-Lyon-Méditerrané (PLM) et de la Société des Voies Ferrées du Dauphiné (VFD). Délaissé depuis l’avènement du rail, le réseau routier local est oublié des pouvoirs publics : les routes principales qui remontent les vallées sont peu entretenues, quant aux voies transversales, elle ne sont praticables qu’à pied ou à dos de mulet.

 

C’est à Grenoble, en 1889, qu’est créé le  tout premier syndicat d’initiative français. Très vite, il se met en rapport avec le PLM et les VFD pour organiser navettes, voyages et excursions qui combinent les trajets en train et par la route, via des entreprises de transport locales. Les antiques et inconfortables « pataches » sont remplacées par des « chars à bancs » hippomobiles, spécialement conçus  pour les touristes et offrant une bonne visibilité sur le paysage. Contrastant avec la rapidité et le modernisme du train, ces correspondances routières restent d’une lenteur extrême, surtout sur voies montantes : leur moyenne horaire ne dépasse pas 4 km/h !

A gauche : une patache en pleine montée vers 1880. Un cheval « côtier » est attelé à l’avant pour donner le coup de collier supplémentaire. A droite : un char à bancs au col du Lautaret en 1900

 

L’automobile : un vent de liberté !

A partir des années 1900, des propriétaires de voitures automobiles se lancent à la découverte des routes alpines. « La tranquille facilité avec laquelle le moteur mécanique triomphe des côtes a ouvert de nouveaux horizons au tourisme. L’automobile a supprimé les hauteurs comme elle supprimait les distances. Grâce à elle, c’est avec plaisir doublé d’une exquise sensation que l’on parcourt les routes les plus accidentées. (…) On est emporté avec un véritable bien-être à travers les plus beaux paysages qui, à 18  kilomètres à l’heure, se déroulent devant nos yeux comme la toile d’un diorama. » (Henry Ferrand.- Du Léman à la mer)

A gauche : Dès 1902, Théodore Schneider teste sa voiture Rochet Schneider au col du Lautaret. A droite : euphorie en Chartreuse, à bord d’une Berliet 1907 !

 

Parmi ces conducteurs-mécaniciens passionnés de montagne, Marius Berliet et ses proches, se rendent régulièrement en Isère et à Chamonix. Ces excursions sont également pour Marius, l’occasion de mettre ses nouveaux modèles à l’épreuve sur des terrains difficiles.

Photos de famille de 1906 : A gauche, un petit pont assez étroit ! Marius Berliet au volant. A droite : ascension du Brévent.

 

Les premiers « auto-cars » à l’assaut de la montagne

Le succès des services d’omnibus en zones de plaine ouvrent de nouvelles perspectives au transport de personnes : certains constructeurs et carrossiers parient sur l’avenir du tourisme motorisé et proposent des modèles de chars à bancs sur châssis d’automobiles qu’ils baptisent « voitures d’excursion », puis « auto-cars alpins » (orthographié en 2 parties sur les documents antérieurs à 1909).  Les passagers s’étagent sur des banquettes en gradins pour profiter au mieux du paysage. Il sont protégés des intempéries par un toit en forme de dais, mais ne disposent d’aucune protection latérales ni de portière.

Char à bancs sur Châssis Mors 28 HP de  1906

 

La correspondance PLM « Moutier – Pralognan » en 1905

Pendant toute la saison d’été 1905,  les 27 km entre la gare PLM de Moutier et le centre d’excursion de la commune de Pralognan (Vanoise) ont été desservis par deux autocars de la société grenobloise Magnat & Lebon. D’après un article Omnia de 1906, C’est le premier service de correspondance officielle accordé par une compagnie de chemin de fer à une société faisant usage d’automobiles Les cars sur châssis De Dietrich 16-18 HP, devaient assurer une navette de trois allers-retours par jour sur une mauvaise route à forte déclivité et effectuer des arrêts dans trois communes jalonnant le parcours. Le trajet à la montée durait en moyenne 2h, au lieu de 5h30 pour les voitures à chevaux.  Le service a été assuré avec une régularité parfaite et a transporté 3700 voyageurs en 3 mois. La consommation moyenne d’essence était de 34 litres/100 km. Malgré tout,  la compagnie fut déficitaire car le prix des places, fixé par les PLM sur le tarif du précédent service hippomobile était beaucoup trop bas pour couvrir les frais, notamment les dépense exorbitantes consacrées…  à l’entretien et au remplacement des  pneumatiques !

Berliet entre dans la danse !

Les voitures  du  constructeur lyonnais, réputées  solides et bonnes grimpeuses, font déjà merveille dans les régions montagneuses. Les cars alpins proposés dès 1907 par Marius Berliet ne sont pas des châssis d’automobiles mais de véritables  châssis spécifiques pour omnibus, équipés d’organes  renforcés.  Les roues sont pourvues de bandages pleins en caoutchouc de marque Bergougnan, offrant un confort moindre que les pneumatiques mais beaucoup plus solides et appropriés sur les mauvaises routes.

 

Parmi les premiers clients alpins de Berliet, la société  Repellin & Trafford, sise à Grenoble, commande 5 omnibus de 10 places, types CAA, livrés en juin et juillet 1909. Ces véhicules assureront  les  services d’excursions pour la Grande Chartreuse au départ de Grenoble et des Grands Goulets au départ de Villard de Lans.

 

Les CAA Berliet des transports Repellin & Trafford  sont dotés d’un moteur 4 cylindres, 80×120. On remarque les solides roues à bandages, jumelées à l’arrière.

 

A suivre…

 

 

 
 
 
 

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