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Fondation de l'Automobile Marius Berliet

944 et Dauphine : voitures emblématiques de Berliet

Entre les deux guerres, le géant de Vénissieux s’oriente nettement vers le camion. Les automobiles sont de moins en moins rentables à produire mais la firme continue malgré tout à proposer de robustes modèles bien conçus, qui font le bonheur de clients fidèles. L’arrivée de la crise de 1929 va rebattre les cartes. De ces nouvelles difficultés économiques vont naître les 944 et Dauphines, dernière génération de voitures Berliet.

A l’origine, la Berliet VIL

Au début de l’année 1930, la gamme des automobiles s’échelonne de 11 CV à 22 CV. Malgré leur réputation de bonnes mécaniques, elles se vendent mal car trop chères en cette période de crise. Une politique drastique d’allègement des coûts de fabrication est alors menée et Marius Berliet sort une toute nouvelle voiture : la VIL. Homologuée d’abord en 8 CV puis en 9 CV fiscaux, cette voiture d’allure très sobre, est présentée comme polyvalente, de conduite agréable, convenant aussi bien pour la ville que pour le tourisme.

 

 

 

La guerre des prix

Bien reçue par la clientèle, la petite Berliet VIL va être rapidement confrontée à la concurrence de la C4 d’André Citroën et à sa politique commerciale redoutablement efficace ! Non content de produire meilleur marché, Citroën multiplie les publicités et les rabais, notamment les ventes avec reprise de l’ancien véhicule. Afin de garder leurs clients, les agents Berliet doivent s’aligner sur ces nouvelles méthodes. La bataille semble perdue d’avance.

Le constructeur lyonnais ne s’avoue pas vaincu pour autant. A défaut de pouvoir gagner sur le terrain des prix, il va opter pour des choix techniques qui marquent sa différence : moteur à soupapes en tête d’un bon rendement et boîte à 4 vitesses… autant d’avantages au regard des modèles Citroën, Peugeot ou Renault équivalents. Il faut dire que Berliet dispose de moyens industriels considérables et ses machines-outils perfectionnées garantissent un usinage d’une qualité irréprochable. Ainsi équipées, les voitures Berliet vont s’avérer supérieures dans toutes les zones montagneuses et pour les longs trajets. Grâce à son excellent rapport qualité-prix, la VIL est la plus plébiscitée de la gamme.

Berliet Châssis nu VIL 1930

Fin 1931, le moteur de la VIL passe de 1,5 à 1,6 litres de cylindrée. Rebaptisée VILS, elle prend le surnom de Berliet « 944 » (9 chevaux, 4 cylindres, 4 vitesses). Une nouvelle génération est née !

Dépliant Berliet 944 1932

VILS, VILX, VILB, VIR, VIRL… la valse des Berliet « 944 »

Produites entre 1932 et 1935, ces voitures sont des extrapolations de la VIL. Fidèles aux traditions de la marque, les ingénieurs Berliet vont privilégier les améliorations techniques raisonnées et continues, plutôt que de se hasarder vers des innovations massives et aléatoires.

En 1934, une amélioration importante est toutefois mise au point : le train-avant à roues indépendantes suspendues par un ressort à lames transversal.

Conformément à ses habitudes d’optimisation industrielle, l’entreprise va décliner ses nouveaux châssis en versions renforcées : commerciales, boulangères, fourgonnettes, etc. qui feront le bonheur des notables, artisans et commerçants de province. Afin de casser son image de voitures un peu austères, la marque va présenter ses modèles « 944 » dans les concours d’élégance où leurs nouvelles carrosseries aux teintes claires et pimpantes sont remarquées.

 

 

Dépliant gamme Berliet 1934 : commerciale 944

 

La publicité prend des couleurs, la presse spécialisée et les agents commerciaux décrivent une « voiture de grande satisfaction ». Ils vantent sa tenue de route et mettent en avant la boîte à 4 vitesses, encore rare chez les autres constructeurs. Le résultat est convaincant : malgré la crise économique, les clients sont aux rendez-vous. Aux acheteurs « historiques » se joignent peu à peu des conducteurs – et conductrices – séduits par les cabriolets 944 primés aux concours d’élégance de l’été.

De la 944 à la Dauphine

Le rajeunissement du secteur « voiture » de Berliet, ne s’arrête pas en si bon chemin. Depuis la fin 1933, la gamme s’est enrichie d’un modèle à moteur 11 CV. D’abord nommée «1144 », cette version va être dotée d’un châssis surbaissé et recevoir un nouveau perfectionnement : la direction à crémaillère. Pour marquer sa sortie, elle sera baptisée « Dauphine ».

 

944 et Dauphine dans la cours de l’usine de Vénissieux en 1934

 

Berliet VIRS 1937. On voit le réservoir d’essence à l’arrière, le train avant à roues indépendantes, le moteur à soupapes en tête et culbuteurs.

 

D’abord produite en 11 CV, elle est proposée également en 9 CV à partir de 1935 et – sur commande – en 14 CV. Rompant avec ses habitudes antérieures, Berliet va limiter le choix des carrosseries. Les caisses « coach » et « roadster » – passées de mode – disparaissent du catalogue : exit les carrosseries carrées et les marchepieds ! Que ce soit en version conduite intérieure ou en cabriolet, les lignes s’arrondissent selon la tendance aérodynamique qui commence à faire fureur chez les concurrents. Nichée entre de larges ailes enveloppantes, la calandre de la Dauphine s’incline et se pare d’un élégant double jonc chromé.

 

Dépliant publicitaire 1934

 

 

La concurrence, encore et toujours…

Au Salon de l’automobile d’octobre 1935, l’entreprise lyonnaise aligne la Dauphine face à ses concurrentes. Ayant réussi à maîtriser ses coûts de production, Berliet propose des voitures à un prix raisonnable. On peut s’offrir une « Grand Luxe » 11 CV Dauphine pour 24 350 F contre 22 500 F pour une Citroën 11 normale et 22 900 F pour une Peugeot 402. La guerre des prix n’est donc plus aussi âpre mais une autre bataille s’engage : celle du style. Championne de la « pureté scientifique des lignes », la Peugeot 402 « queue de castor », dessinée par le carrossier Meulenmeester, fait fureur. Citroën est également à la pointe de la modernité avec une version améliorée et fiable de sa Traction Avant sans châssis, à caisse « tout acier » monocoque.

 

Traction avant Citroen caisse monocoque

 

publicité Peugeot 1936

 

Berliet Dauphine : la voiture de tourisme par excellence !

Certes, la Dauphine est élégante, mais son allure reste sage. Sa lourde carrosserie en tôle d’acier sur structure bois a du mal à rivaliser avec la ligne des nouvelles caisses profilées. Plus conventionnelle que ces audacieuses rivales, elle tire cependant son épingle du jeu pour ses qualités de grand tourisme. A cette époque, les chaussées sont souvent dans un état très médiocre et les garagistes sont encore rares dans les campagnes. Avec son châssis surdimensionné et sa transmission réalisée dans le meilleur acier, la Dauphine est en outre d’un entretien facile. Quelle que soit sa carrosserie – conduite intérieure ou torpédo décapotable – elle répond parfaitement aux besoins des adeptes de grandes randonnées automobiles qui veulent pouvoir compter sur un véhicule fiable. Les Dauphines VIRP9 et VIRP11 connaissent d’ailleurs un honnête succès : entre 1934 et 1938, elles vont être produites à 6 850 exemplaires.

 

 

 

Super Dauphine VIRP2 : l’ultime voiture de la marque.

Marius Berliet est à la croisée des chemins : historiquement, c’est à l’automobile qu’il doit son formidable essor mais la conjoncture financière et la loi du marché le poussent à faire des choix. Pour lutter à armes égales contre Citroën, Renault et Peugeot, il lui faudrait investir dans des machines spécifiques, notamment pour l’emboutissage. En industriel avisé, Marius Berliet préfère recentrer son outil de production sur le véhicule utilitaire. Fin 1938, il ne produira qu’un seul modèle de voiture et uniquement une berline 11 CV : la VIRP2.

 

 

Berliet Dauphine VIRP2 dans la cours de Vénissieux, 1939

 

Berliet Dauphine VIRP2 dans la cours de Vénissieux, 1939

 

Baptisée également « Super Dauphine 39 », elle est construite sur la base d’un châssis de VIRP11 rallongé et habillé d’une carrosserie modernisée. A défaut de pouvoir fabriquer les emboutis nécessaires, Marius Berliet décide de les acheter à l’extérieur. Son choix se porte sur la caisse tout acier de la 402 B Peugeot. La partie avant de la carrosserie reste toutefois de fabrication Berliet. Elle est personnalisée par une calandre chromée inspirée des voitures Buick et Pontiac. Dernière voiture du géant de Vénissieux, elle sera produite à 200 exemplaires jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Une page se tourne… place désormais à l’avènement du « tout camion ».

pour mémoire : types de châssis des « 944 » et « Dauphines »

Berliet 944 9 CV (1930 -1935) : VIL, VILS, VIL2, VILK, VILB, VILX, VILDX, VILF, VIR

Berliet Dauphines 9 et 11 CV (1935-1939) : VIRL, VIRP, VIR, VIRF, VIRP, VIRP2