Pour la sauvegarde et la valorisation de notre Culture Industrielle

Fondation de l'Automobile Marius Berliet

La caravane du Tour de France : extravagants véhicules publicitaires

L’idée d’une caravane publicitaire « officielle » sur le Tour de France est née en 1929, afin de financer les dépenses de la course. Depuis le milieu des années 20, les marques Menier, Bayard et Lion Noir formaient déjà une « mini caravane » très appréciée qui allait vite s’allonger au fil des années. Ainsi, dès la fin des années 30, près de 60 camions bariolés et bruyants animent l’évènement qui devient une grande fête populaire se prolongeant jusqu’au soir.

 

Latil camionnette tour de France 1935

 

Latil B2 Tour de France Pathé 1930

 

D’autres photos Latil de la Caravane du Tour : cliquez ici

1950-1960 : le « boom » des nouveaux produits de consommation !

Après les restrictions de l’occupation, les français ont soif de nouveauté et aspirent au confort moderne : cuisine au gaz, frigos, meubles en formica, appareils électroménagers, Hi-Fi, tissus en synthétique, produits d’entretien, etc. A une époque où les médias modernes n’existent quasiment pas, la « publicité qui roule » va chercher la population directement sur le terrain, jusque dans les petites bourgades. Les annonceurs misent sur les festivités populaires et sportives (compétitions, cirques, foires et expositions diverses…) pour approcher la clientèle, faire des démonstrations, distribuer des échantillons. Parmi tous ces événements, l’incontournable Tour de France reste le roi de la Fête ! Le look des véhicules de la célèbre caravane revêt une importance primordiale afin de générer un choc publicitaire fort et toutes les excentricités sont permises.

Publicité cartonnée 1950

Des carrosseries dignes d’une fête foraine !

Les châssis sont confiés aux mains de carrossiers spécialisés tels que Di Rosa, Le Bastard, Chéraud, Cottard, Leffondré, Pourtout, Augereau, Arnault, Rotrou, Heuliez… qui proposent une transformation complète, souvent en rapport direct avec le produit de l’annonceur. Le véhicule devient alors un baril de lessive, un moulin, un panier géant etc. Ces publicités roulantes rivalisent de créativité : « S’il s’agit de produits de grande consommation, il est préférable d’employer les grands moyens, de choisir des formes et des couleurs tapageuses pour frapper la masse, ce n’est pas toujours de bon goût mais c’est efficace (article « Autocar & Grands routiers, oct. 1954).

 

véhicule publicitaire base Renault carrosserie Arnault.

 

Véhicules aspirateurs Hoover carrosserie Pourtout 1963

 

Carrosserie Pourtout : une reconversion qui roule !

Depuis 1945, la mode automobile n’est plus aux carrosseries de luxe. Pour survivre, plusieurs professionnels d’avant-guerre réalisent des remorques-vitrines et les véhicules promotionnels. Parmi eux, Claude Pourtout, carrossier à Rueil-Malmaison, accepte tous les challenges, même les plus originaux : On lui doit, entre-autres, les véhicules Savon Le Chat, les voitures aspirateurs Hoover etc. Quelques mois avant le Tour de France de 1961, l’agence de publicité parisienne Charles Maillard commande à Pourtout de toute urgence trois véhicules « insecticides Catch ». Dessinés par le styliste Jacques Quellien, les créations sont montées en un temps record. Ensuite, la route du Tour et l’immersion dans le public vont les mettre à l’épreuve pendant un mois et avec succès.

Sur la base d’une Estafette Renault. La bombe insecticide est intégrée à la cabine entièrement transformée,
dont l’arrondi épouse la forme. Réalisée en résine de polyester, une grosse mouche « agonise » sur le plateau arrière.

Véhicule insecticide Catch – Carrosserie Pourtout 1961

Les superstars de la pub grand format :

Certaines marques et institutions, souvent parmi les plus prestigieuses (matériel Hi-Fi, alcools, électroménager, gaz, etc.) n’hésitent pas à investir des sommes importantes dans des modèles sophistiqués et impressionnants, dessinés par des stylistes renommés comme Géo Ham, Felix Aublet, ou Philippe Charbonneaux. Ces véhicules de taille XXL arborent une ligne sobre, intégrant poste de conduite et remorque dans un ensemble au design ultra-moderne, voire futuriste. Ils peuvent se transformer en salle d’exposition et de démonstration avec projection de film ou même en piste de danse avec bar et orchestre.

 

Panhard-IE45HL Charbonneaux Antem 1957

 

Delahaye 163L1954-Charbonneaux Le Bastard 1954

 

Parmi les réalisations les plus remarquables, on peut citer les ensembles routiers Astra et Cinzano sur base Delahaye, les « supercars », Pathé Marconi, stylo Bic et Pernod Frères, sur châssis Panhard, le car de l’armée de l’air sur base Chausson. Le but de ces « superstructures » n’est pas la vente immédiate des produits mais l’information et l’animation, optimisées par des présentations soignées.

Supercar Pernod Fils sur base Delahaye 1951

D’après les spécialistes de l’époque, l’impact auprès des consommateurs potentiels est largement supérieur à la publicité radio ou aux campagnes d’affichage : un « nec plus ultra » de la communication – coûteux, certes – mais très efficace.

Album-photos :