Pour la sauvegarde et la valorisation de notre Culture Industrielle

Fondation de l'Automobile Marius Berliet

Sur la route des vacances !

Partir en vacances… un phénomène assez récent.

Juin 1936, les congés payés deviennent un droit. Même s’ils profitent de leurs vacances pour se détendre, les ouvriers partent peu. La culture du voyage touche essentiellement la bourgeoisie urbaine et l’aristocratie.
Les bords de mer sont réservés aux classes aisées et de nombreux estivants modestes se contentent de simples escapades et de camping à la campagne.

 

Publicité Zénith 1923

 

Vacanciers et leur Citroën C4 1936

 

En 1930, si on excepte les plus fortunés, les catégories sociales qui investissent dans une automobile le font avant tout pour des raisons professionnelles : artisans, médecins, représentants de commerce etc. Les ouvriers n’ont pas d’automobile, les employés et fonctionnaires sont 26% à en posséder une, les cadres et professions libérales 31%. (Moins de 2 millions de véhicules en France à la fin des années 30).

Notons également qu’à cette époque, malgré les progrès techniques réalisés, conduire sur les longs trajets est encore une « aventure » parfois émaillée de petits déboires mécaniques. En feuilletant la presse spécialisée, on remarque de nombreuses publicités apportant des remèdes à ces désagréments (carburation, pneus qui s’échauffent et qui éclatent, problèmes de lubrification du moteur etc.)

 

Publicité huile Spidoléine 1934

 

Publicité humoristique Dunlop 1936

 

Années 50 : la voiture populaire !

Après les années sombres de la guerre, les français rêvent d’évasion mais le pays se relève péniblement et le parc automobile est dévasté. Les constructeurs proposent des petites voitures populaires telles que la fameuse Renault 4 CV ou encore la Panhard Dyna et la 2 CV. La reprise économique se profile : les modèles « modernes » et « sport » voient le jour afin de séduire la nouvelle classe moyenne émergente. Dès lors, 57% des départs en vacances s’effectuent en voiture.

Départ en Vacances Renault Frégate 1951

Années 60 : la grande évasion.

la croissance et la hausse du pouvoir d’achat permettent un accroissement spectaculaire des automobiles : les français peuvent voyager plus loin et la plage devient accessible au plus grand nombre. La distance ne fait plus peur : les voitures sont plus performantes, les pannes et crevaisons deviennent rares.

Simca Aronde 1960

Malheureusement, la modernisation du réseau et la construction d’autoroutes ne suivent pas : d’inextricables bouchons se forment sur les routes étroites qui n’évitent aucun village et pendant les jours de grands départs, de longues processions s’étirent sur la nationale 7. Dans ce contexte, le vacancier prépare soigneusement son itinéraire, la moyenne kilométrique horaire devient une obsession et on enrage derrière le camion ou la caravane impossibles à doubler.

Le long des nationales les plus fréquentées, un grand nombre de platanes sont coupés pour élargir et aménager des tronçons de chaussées à trois voies. Ces améliorations auront des résultats sur la vitesse et la fluidité du trafic mais vont surtout accroître les risques de dépassements dangereux. Rappelons qu’à l’époque, la vitesse n’est pas limitée, les voitures construites sans sécurité passive et surtout sans ceintures de sécurité. Le bilan des accidents est énorme : en 1966, 14 180 personnes perdent la vie sur les routes de France (3 259 en 2018).

Crise pétrolière, économies et « voitures à vivre ».

Symbole de liberté et d’une croissance que l’on croyait sans fin, l’automobile est plombée dès 1973 par la soudaine flambée des prix du carburant. La faible consommation devient un argument de vente, les grandes berlines et les modèles « sport » s’effacent devant les monospaces pratiques et symptomatiques d’une conduite familiale paisible. Avec l’accélération des programmes de construction d’autoroutes par le biais des sociétés privées, la France est désormais pourvue d’un réseau moderne. Actuellement, les grands départs estivaux ont toujours un arrière-goût de bouchon, mais il faut dire que le nombre de voitures en France est passé de 6 240 000 (janvier 1960) à 39 501 000 (janvier 2019) !

Bouchon dans le sud de la France en 1970