HISTOIRE : La route des vacances : 1945-1985
1945-1950 : envie de campagne
Après les années sombres de la guerre, le pays se relève péniblement. Les français subissent les rationnements jusqu’en 1948 et de nombreux citadins rêvent de s’évader vers l’abondance des produits de la ferme. Rien qu’à Paris, on compte deux millions de départs en 1947, trois millions en 1948, quatre millions en 1949 et 5 millions en 1951.
Dans les familles paysannes, on accueille sans sourcilier les enfants d’amis, petits enfants, neveux et cousins… venus de la ville pour se « refaire des bonnes joues ». Selon l’INSEE, la moitié de la population urbaine part en vacances en 1950, principalement chez des parents ou amis. 62 % se rendent à la campagne ou à la montagne, 28% partent à la mer.
Voitures populaires, voitures à tout faire.
En 1950, les 2/3 des trajets s’effectuent en train mais l’intérêt pour la voiture particulière augmente fortement chez les familles. Pour de nombreux ménages, l’idée de posséder une automobile renvoie à la fin des privations essentielles. Le rêve commence enfin à devenir accessible, grâce à l’émergence de petits modèles simples et économiques. Renault, nouvellement nationalisé, propose sa fameuse 4 CV dès 1947. Surnommée « la motte de beurre » pour sa forme compacte et arrondie, elle sera la voiture la plus vendue en France jusqu’en 1955.
Autre voiture emblématique, la 2 CV Citroën fait son entrée au Salon de l’Auto de 1948. Raillée à sa sortie pour sa laideur, elle sera pourtant très vite adoptée, tant pour son coût d’entretien modique que pour sa praticité et sa polyvalence. Voiture « utilitaire » infatigable, elle est aussi la complice des sorties pique-niques et du camping improvisé : son plancher plat et ses sièges amovibles font d’elle un monospace avant l’heure.
Les automobiles « dans le vent »
Après la rigueur des planifications de redressement et les dollars du Plan Marshall, la reprise économique française se profile et les chiffres de l’automobile sont éloquents : En 1946 on comptait 1 million de voitures particulières et en 1953, le nombre atteint déjà 2,5 millions. Les modèles de voitures « modernes » et « sport » voient le jour afin de séduire la nouvelle classe moyenne et la jeunesse. Panhard modernise sa Dyna en version cabriolet et Simca séduit avec son élégant modèle Aronde.
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- Ford Vedette 1953
- Panhard Dyna 1954
- Panhard Dyna 1957
- Simca Aronde 1956
- Simca Aronde 1959
- Panhard Junior 1954
- Panhard dyna 1959
Années 60-70 : la grande évasion.
Depuis 1956, les salariés bénéficient de la 3e semaine de congés payés (La 4e sera allouée en 1969). Dans les années 60, un vacancier sur trois séjourne à la mer. Les vacances sous la tente deviennent une nouvelle tendance qui favorise les départs hors région. Moins onéreuse, la pratique du camping ouvre l’accès au littoral à des couches de la population qui jusqu’ici n’y venaient pas. Les vacances sont sacrées et attendues toute l’année et au moment du départ, petits et grands s’entassent dans l’automobile familiale, au grand dam du confort et de la sécurité, inexistante à l’époque.
L’emblématique 4L : une 2 CV version Renault ?
Ce modèle populaire sort en 1961. Alors que jusqu’alors, Renault produisait des voitures à propulsion, la 4L est une vraie traction. A l’époque où le « monospace » n’existe pas encore, Renault lance le « deux volumes », à savoir un espace moteur à l’avant et un second compartiment pour les passagers et leurs bagages regroupés ensemble. Ceci permet notamment de pouvoir moduler le volume selon ses besoins en rabattant la banquette arrière. Le plancher est voulu totalement plat, tandis que le seuil de chargement est réduit au maximum. Voiture dynamique et polyvalente, elle se décline dans une imagerie publicitaire teintée d’optimisme.
- Renault 4L pub 1962
- Renault 4L pub 1962 famille
- Renault 4L plage 1961
- Renault 4L plage 1961
La France en vacances
En 1959, on estime que 57% des départs en vacances s’effectuent en voiture. La croissance et la hausse du pouvoir d’achat permettent un accroissement spectaculaire des achats d’automobiles. Entre 1950 et 1960,il passe de 2,4 millions à 6,2 millions de véhicules : les français peuvent voyager plus loin. La distance ne fait plus peur : les voitures sont plus performantes, les pannes et crevaisons se raréfient.
Malheureusement, la modernisation du réseau et la construction d’autoroutes ne suivent pas : d’inextricables bouchons se forment sur les routes étroites qui n’évitent aucun village et pendant les jours de grands départs, de longues processions s’étirent sur la Nationale 7.
Dans ce contexte, le vacancier prépare soigneusement son itinéraire, la moyenne kilométrique horaire devient une obsession et on enrage derrière le camion ou la caravane impossibles à doubler. Les véhicules utilitaires sont particulièrement détestés : les automobilistes accusent les routiers de s’accaparer les routes au nom de leur profession (« J’travaille, moi, Monsieur !…) et les routiers reprochent aux automobilistes leur agressivité au volant et leurs maladresses imprévisibles.
De trop nombreux accidents…
Le long des nationales les plus fréquentées, un grand nombre de platanes sont coupés pour élargir et aménager des tronçons de chaussées à trois voies. Ces améliorations auront des résultats sur la vitesse et la fluidité du trafic mais vont surtout accroître les risques de dépassements dangereux. Rappelons qu’à l’époque, la vitesse n’est pas limitée, les voitures construites sans sécurité passive et surtout sans ceintures de sécurité.
1973-1985 : partir malgré la crise
Symbole de liberté et d’une croissance que l’on croyait sans fin, « l’automobile-reine » voit son règne chanceler à partir de 1973, suite à la première crise pétrolière et à la soudaine flambée des prix de l’essence. L’inflation galopante entrave le pouvoir d’achat, les économies de carburant deviennent un argument de vente. Les voitures sportives s’effacent devant des modèles plus familiaux, précurseurs des futures monospaces.
Un maillage autoroutier en forte expansion
Avec l’accroissement du réseau autoroutier, les vacanciers sont plus que jamais motivés pour partir loin, malgré le coût des péages. Depuis les années 60, les concessions avec péage ont permis à l’État de déléguer le financement, la construction et la gestion des autoroutes. Le réseau va ainsi passer de 132 km en 1960 à 1 600 km en 1970. Afin d’accroître encore le rythme de développement, le Gouvernement a alors recours à des financements privés : 4 sociétés sont créées pour assurer la construction de certaines sections. À la fin 1981, il y a 5200 km d’autoroutes en service, soit 3600 km mis en service au cours des 10 dernières années.
Naissance de Bison Futé
Malgré la crise et l’accroissement du coût de la vie, les grandes migrations estivales battent leur plein chaque année en direction des plages. Le samedi 600 km de bouchons cumulés sont enregistrés. La Route nationale 10 qui relie Paris et la frontière espagnole est saturée sur un quart de sa longueur. Durant le week-end, ce sont ainsi 145 personnes qui meurent, notamment à cause des accidents et des effets de la canicule. Dans les médias, cette situation est abondamment commentée et la pression sur les pouvoirs publics est grande.
Pour éviter qu’un tel évènement se reproduise, trois leviers sont identifiés : l’étalement dans le temps des déplacements, la mise en place d’itinéraires Bis, la communication vers l’usager. Cette campagne est concrétisée en juillet 1976, sous l’égide de la mascotte « Bison Futé ».
Actuellement, les grands départs estivaux ont toujours un arrière-goût de bouchon, mais il faut dire que le nombre de voitures en France est passé de 6 million 240 mille (janvier 1960) à 39 million 700 mille (décembre 2025).
Berliet






























