1908 : Alger – Laghouat à bord d’un Berliet
Pour la 1ere fois, un camion motorisé roule vers le Grand Sud
Le 16 février 1908, un camion Berliet type L grimpe la course de côte de Médéa (90 km d’Alger). Il continue ensuite son périple vers Laghouat, grand centre administratif et militaire du sud algérien , soit un trajet total de 440 km.
Jean Jouffray, employé au service commercial de Berliet entre 1906 et 1909, est chargé de représenter Berliet en Algérie. Il fait venir tout spécialement de Lyon un camion type L de 3 tonnes, convoyé par le metteur au point Jean Ducret.
Après des essais concluants avec l’Armée, le général Bailloud, commandant la division d’Alger, propose un itinéraire de transport jusqu’à Laghouat où aucun camion n’est encore allé. Les transports habituels sont assurés par des « arabas », charrettes à deux roues portant environs 150 kg et tirées par des mulets. Le but de la performance est de frapper les esprits militaires et civils sur les avantages des camions automobiles.
problèmes de roues, problème de sable…
Les pistes sont à peine tracées et la majeure partie du trajet s’effectue sur des zones de sable où il est impossible aux roues ferrées de progresser. Les populations locales aideront spontanément le camion à passer en déplaçant au fur et à mesure des planches sous ses roues. Le véhicule va mettre 10 jours pour aller et revenir. Cet exploit sans précédent aura un réel retentissement en Algérie. Certes, de nombreux essais devront être menés par la suite, pour adapter les véhicules aux conditions du désert mais le nom de Berliet commence à rentrer dans la légende saharienne.
Jean Jouffray témoigne :
« Le parcours comprenait les gorges de la Chiffa depuis le ruisseau des Singes jusqu’à Médéa. Le camion était chargé de 3,5 tonnes de blé. Il gravit la côte longue de 14 km à une moyenne de 9 km/heure, sous les applaudissements de la foule. Après ce début brillant, notre véhicule poursuivit son raid vers Laghouat. Le camion comportait aussi bien à l’avant qu’à l’arrière, des roues pleines en bois cerclées de fer : à cause de la température et de l’insolation, il fallait les emballer de toile mouillée pour les empêcher de se disjoindre. La traversée des dunes put être menée à bien en faisant rouler le véhicule sur des planches que des indigènes déplaçaient au fur et à mesure vers l’avant. C’est donc grâce à la bonne volonté des tribus environnantes – enthousiasmées d’ailleurs par ce tour de force – que le camion put atteindre Laghouat. » (Berliet-Informations n°73).
Concernant les retombées économiques immédiates, outre une acquisition par l’Armée, deux véhicules vont être commandés par un minotier de Tlemcen. Un autre Berliet sera acheté par un minotier de Maison-Carrée (El-Harrach). Nous pouvons constater d’après la photo ci-dessous, qu’il est chaussé du même type de roues pleines que le modèle du raid de Laghouat.
Berliet






