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Fondation de l'Automobile Marius Berliet

Le tourisme automobile alpin, un vent de liberté !

Une région difficile d’accès, même en été.

Dès le milieu du XIXe siècle, les exploits des premiers alpinistes, les paysages grandioses et les vertus thérapeutiques des cures d’altitude vont attirer vers les vallées alpines une population de touristes riches et privilégiés. D’abord réservées à une poignée d’aventuriers, ces régions deviennent accessibles grâce à l’essor du chemin de fer, notamment les trains de la compagnie Paris-Lyon-Méditerrané (PLM) et de la Société des Voies Ferrées du Dauphiné (VFD). Délaissé depuis l’avènement du rail, le réseau routier local est oublié des pouvoirs publics : les routes principales qui remontent les vallées sont peu entretenues, quant aux voies transversales, elle ne sont praticables qu’à pied ou à dos de mulet.

Affiche de 1895

 

C’est à Grenoble, en 1889, qu’est créé le tout premier syndicat d’initiative français. Très vite, il se met en rapport avec le PLM et les VFD pour organiser navettes, voyages et excursions qui combinent les trajets en train et par la route, via des entreprises de transport locales. Les antiques et inconfortables « pataches » sont remplacées par des « chars à bancs » hippomobiles, spécialement conçus pour les touristes et offrant une bonne visibilité sur le paysage. Contrastant avec la rapidité et le modernisme du train, ces correspondances routières restent d’une lenteur extrême, surtout sur voies montantes : leur moyenne horaire ne dépasse pas 4 km/h !

 

une patache vers 1880. Un cheval « côtier » est attelé à l’avant pour donner le coup de collier supplémentaire.

Un char à bancs au col du Lautaret en 1900

L’automobile : vitesse et aventure !

A partir des années 1900, des propriétaires de voitures automobiles se lancent à la découverte des routes alpines. « La tranquille facilité avec laquelle le moteur mécanique triomphe des côtes a ouvert de nouveaux horizons au tourisme. L’automobile a supprimé les hauteurs comme elle supprimait les distances. Grâce à elle, c’est avec plaisir doublé d’une exquise sensation que l’on parcourt les routes les plus accidentées. (…) On est emporté avec un véritable bien-être à travers les plus beaux paysages qui, à 18 kilomètres à l’heure, se déroulent devant nos yeux comme la toile d’un diorama. » (Henry Ferrand.- Du Léman à la mer)

 

1902 : Théodore Schneider teste sa voiture Rochet Schneider au col du Lautaret.

euphorie en Chartreuse, à bord d’une Berliet 1907 !

Parmi ces conducteurs-mécaniciens passionnés de montagne, Marius Berliet et ses proches, se rendent régulièrement en Isère et à Chamonix. Ces excursions sont également pour Marius Berliet, l’occasion de mettre ses nouveaux modèles à l’épreuve sur des terrains difficiles.

1906 : Marius Berliet et son épouse – ascension du Brévent.

un petit pont assez étroit ! Marius Berliet au volant.

Les premiers « auto-cars » à l’assaut de la montagne

Le succès des services d’omnibus en zones de plaine ouvrent de nouvelles perspectives au transport de personnes : certains constructeurs et carrossiers parient sur l’avenir du tourisme motorisé et proposent des modèles de chars à bancs sur châssis d’automobiles qu’ils baptisent « voitures d’excursion », puis « auto-cars alpins » (orthographié en 2 parties sur les documents antérieurs à 1909). Les passagers s’étagent sur des banquettes en gradins pour profiter au mieux du paysage. Il sont protégés des intempéries par un toit en forme de dais, mais ne disposent d’aucune protection latérale ni de portière.

Char à bancs sur Châssis Mors 28 HP de 1906

La correspondance PLM « Moutier – Pralognan » en 1905

Pendant toute la saison d’été 1905, les 27 km entre la gare PLM de Moutier et le centre d’excursion de la commune de Pralognan (Vanoise) ont été desservis par deux autocars de la société grenobloise Magnat & Lebon. D’après un article Omnia de 1906, C’est le premier service de correspondance officielle accordé par une compagnie de chemin de fer à une société faisant usage d’automobiles.

Les cars sur châssis De Dietrich 16-18 HP, devaient assurer une navette de trois allers-retours par jour sur une mauvaise route à forte déclivité et effectuer des arrêts dans trois communes jalonnant le parcours. Le trajet à la montée durait en moyenne 2h, au lieu de 5h30 pour les voitures à chevaux. Le service a été assuré avec une régularité parfaite et a transporté 3700 voyageurs en 3 mois. La consommation moyenne d’essence était de 34 litres/100 km.

Malgré tout, la compagnie fut déficitaire car le prix des places, fixé par les PLM sur le tarif du précédent service hippomobile était beaucoup trop bas pour couvrir les frais, notamment les dépense exorbitantes consacrées… à l’entretien et au remplacement des pneumatiques !

Berliet entre dans la danse !

Les voitures du constructeur lyonnais, réputées solides et bonnes grimpeuses, font déjà merveille dans les régions montagneuses. Les cars alpins proposés dès 1907 par Marius Berliet ne sont pas des châssis d’automobiles mais de véritables châssis spécifiques pour omnibus, équipés d’organes renforcés. Les roues sont pourvues de bandages pleins en caoutchouc de marque Bergougnan, offrant un confort moindre que les pneumatiques mais beaucoup plus solides et appropriés sur les mauvaises routes.

Catalogue Berliet 1907

Parmi les premiers clients alpins de Berliet, la société Repellin & Trafford, sise à Grenoble, commande 5 omnibus de 10 places, types CAA, livrés en juin et juillet 1909. Ces véhicules assureront les services d’excursions pour la Grande Chartreuse au départ de Grenoble et des Grands Goulets au départ de Villard de Lans.

 

Berliet CAA : On remarque les solides roues à bandages, jumelées à l’arrière.

Berliet CAA transports Repellin & Trafford – moteur 4 cylindres, 80×120.

En route pour l’aventure !

Galerie photos : quelques affiches du PLM

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