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Fondation de l'Automobile Marius Berliet

Les beaux Bernard

La jeunesse bien remplie d’un passionné de mécanique

Édouard Bernard naît en 1891 au sein d’une famille modeste de la région parisienne. Son père possède une petite entreprise de serrurerie chaudronnerie. Le jeune Édouard entre à 13 ans comme apprenti chez Niclause (Chaudières à vapeur) et suit des cours du soir en dessin industriel. Il n’a pas 20 ans qu’il esquisse déjà des plans et des projets dans son petit bureau d’études. Pendant son service miliaire il est employé à l’armurerie et se forme en ajustage et en mécanique de précision. Mobilisé en 1914, il est affecté en 1917 chez Renault comme ouvrier polyvalent en service de nuit. Cet emploi du temps lui permet de mettre à profit ses journées pour étudier les bennes basculantes. Il dépose notamment plusieurs brevets qu’il souhaite exploiter lui-même en se mettant à son compte.

Rendu à la vie civile en décembre 1918, le jeune Édouard équipe des camions avec les bennes à basculement hydraulique de sa conception. Au lendemain de la guerre où tout est à reconstruire, les commandes de manquent pas. Parmi ses clients, il va fournir de nouveaux constructeurs récemment spécialisés dans le rachat et la transformation de véhicules des surplus militaires. C’est ainsi qu’il fera la connaissance de Louis Willème avec qui il va entretenir des relations amicales très solides. Avec ses premiers subsides, Édouard Bernard achète lui aussi quelques véhicules des domaines de l’armée qu’il reconditionne en camions-bennes. Le jeune homme ne se contente pas d’équiper les châssis, il en améliore les performance grâce à d’ingénieuses transformations, pour la plus grande satisfaction de ses commanditaires. Les affaires marchent bien mais Édouard a d’autres ambitions : il veut construire chez lui ses propres véhicules ! En 1920, il vend ses brevets de bennes basculantes au fabricant Fernand Genève. Cette transaction lui apporte les fonds nécessaires pour acheter un terrain vague à Arcueil et y construire son usine. La Société des Bennes Basculantes Bernard est officiellement créée en 1923.

Le premier véhicule Bernard est un petit camion léger à empattement court, mu par un moteur SCARP (Société de Construction Automobile de la Région Parisienne). Présenté au Salon de L’automobile de 1924, il va intéresser une entreprise allemande qui en commandera une dizaine. Dans la foulée de cette première réussite, Édouard va perfectionner ses modèles. On peur citer notamment la mise au point d’un excellent pont arrière dont les arbres entraineurs des roues ne sont pas porteurs de la charge. Proposés en camions-benne ou en plateau-ridelles, ces véhicules de 2 à 3 tonnes se taillent rapidement une excellente réputation auprès des artisans, maçons et entrepreneurs qui apprécient leur maniabilité et leur solidité.

Constructeur avisé à l’esprit novateur, Édouard Bernard anticipe sur le développement du transport routier. Il a commencé avec les bennes et les véhicules de travaux public mais il s’oriente également sur la fabrication de camions rapides. Partis de 2,5 et 3 tonnes, les châssis passent à 5 et 7 tonnes. Les moteurs d’origine sont remplacés par des puissants moteurs essence 4 cyl et 6 cyl Avco-Lycoming, une marque américaine réputée pour ses moteurs d’avions. En 1927, un châssis surbaissé à moteur 6 cylindres est mis à l’étude. il sera le premier véritable poids lourd rapide de transport routier !

Pour promouvoir ses produits, Édouard Bernard lance les lignes de transports rapides « Paris-Marseille » et « Paris-Nantes ». Cette initiative va ancrer la réputation d’excellence de la marque. Il faut dire que dans les années 30, les camions sont mis à rude épreuve par les routes médiocres. Les pannes et déboires mécaniques sont la hantise des transporteurs, à une époque où les réseaux de service après-vente et les garagistes sont encore rares le long des Nationales. La fiabilité et la solidité des Bernard vont faire merveille dans de telles conditions. Dès lors, l’entreprise se concentre sur la fabrication de magnifiques camions robustes et fiables, le haut-de-gamme du poids-lourd.

En 1933, les moteurs à essence 6 cylindres Wyoming de ses premiers camions étant très gourmands, Bernard équipe ses véhicules de moteurs diesel 4 temps à injection directe fabriqués sous licence Gardner.

L’arrivée de la Guerre 1939-45 va freiner ce bel élan mais l’entreprise survie néanmoins. A la sortie du conflit mondial, les Camions Bernard doivent suivre les directives du Plan Pons et intégrer la Générale Française d’Automobiles (GFA) aux côtés de Delahaye, Unic et Laffly. La société s’en affranchi rapidement et relance sa production de façon indépendante avec une équipe de 360 ouvriers. La fabrication reste artisanale : elle est limitée à 186 véhicules en 1946 et 290 en 1949.

A défaut de pouvoir fabriquer en quantité, Edouard Bernard s’appuie sur la qualité qui a fait son renom. En 1950, il modernise sa gamme et fait appel au dieseliste Charles Kuntzmann pour concevoir un moteur plus puissant que le Gardner. Las ! le 26 août 1951, Edouard Bernard décède à l’âge de 60 ans. L’entreprise va alors accumuler les difficultés financières. Les temps ont changés et la concurrence est rude ! les transporteurs qui plébiscitaient la marque dans les années 30 rechignent à investir dans un véhicule hors de prix, si solide soit-il. Raymond et Charles Bernard fils du fondateur prennent la direction de l’entreprise en 1957. Ils tentent de se mettre au goût du jour et actualisent le look des véhicules avec l’adoption de cabines avancées. Il ne pourront malheureusement éviter le règlement judiciaire en 1959 (l’entreprise a 450 salariés à cette date). Un concordat échelonnant les dettes sur 10 ans est conclu. Un redressement de la situation en 1962 permet une reprise en 1963 par la société Mack Trucks. Les fabrications Bernard sont poursuivies dans un premier temps mais l’entreprise monte également des châssis américains Mack. La situation se dégrade et la société Bernard est mise en liquidation judiciaire en 1967. Entre-temps, Raymond et Charles Bernard ont fondé la « société de réparation de véhicules » baptisée ensuite « Diesel Entreprise ». Cette société va produire des pièces détachées pendant plusieurs années pour les camions Bernard en circulation après la disparition de l’entreprise.