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Fondation de l'Automobile Marius Berliet

Les beaux Bernard épatent la galerie

Édouard Bernard crée son entreprise à Bagneux en 1923, dans le but d’exploiter un brevet de benne basculante hydraulique sur châssis de poids lourds. En 1926, il vend son brevet à Fernand Genève, son principal concurrent. Il dispose ainsi de fonds pour acheter un terrain à Arcueil et y construire une usine. Dès lors, l’entreprise se concentre sur la fabrication de magnifiques camions robustes et fiables, le haut-de-gamme du poids-lourd. Pour promouvoir ses produits, Édouard Bernard lance les lignes de transports rapides « Paris-Marseille » et « Paris-Nantes ». Cette initiative va ancrer la réputation d’excellence de la marque. Il faut dire que dans les années 30, les camions sont mis à rude épreuve par les routes médiocres. Les pannes et déboires mécaniques sont la hantise des transporteurs, à une époque où les réseaux de service après-vente et les garagistes sont encore rares le long des Nationales. La fiabilité et la solidité des Bernard vont faire merveille dans de telles conditions.

En 1933, les moteurs à essence 6 cylindres Wyoming de ses premiers camions étant très gourmands, Bernard équipe ses véhicules de moteurs diesel 4 temps à injection directe fabriqués sous licence Gardner.

L’arrivée de la Guerre 1939-45 va freiner ce bel élan mais l’entreprise survie néanmoins. A la sortie du conflit mondial, les Camions Bernard doivent suivre les directives du Plan Pons et intégrer la Générale Française d’Automobiles (GFA) aux côtés de Delahaye, Unic et Laffly. La société s’en affranchi rapidement et relance sa production de façon indépendante, avec une équipe de 360 ouvriers. La fabrication reste artisanale : elle est limitée à 186 véhicules en 1946 et 290 en 1949.

A défaut de pouvoir fabriquer en quantité, Edouard Bernard s’appuie sur la qualité qui a fait son renom. En 1950, il modernise sa gamme et fait appel au dieseliste Charles Kuntzmann pour concevoir un moteur plus puissant que le Gardner. Las ! le 26 août 1951, Edouard Bernard décède à l’âge de 60 ans. L’entreprise va alors accumuler les difficultés financières. Les temps ont changés et la concurrence est rude ! les transporteurs qui plébiscitaient la marque dans les années 30 rechignent à investir dans un véhicule hors de prix, si solide soit-il. Raymond et Charles Bernard fils du fondateur prennent la direction de l’entreprise en 1957. Ils tentent de se mettre au goût du jour et actualisent le look des véhicules avec l’adoption de cabines avancées. Il ne pourront malheureusement éviter le règlement judiciaire en 1959 (l’entreprise a 450 salariés à cette date). Un concordat échelonnant les dettes sur 10 ans est conclu. Un redressement de la situation en 1962 permet une reprise en 1963 par la société Mack Trucks. Les fabrications Bernard sont poursuivies dans un premier temps mais l’entreprise monte également des châssis américains Mack. La situation se dégrade et la société Bernard est mise en liquidation judiciaire en 1967. Entre-temps, Raymond et Charles Bernard ont fondé la « société de réparation de véhicules » baptisée ensuite « Diesel Entreprise ». Cette société va produire des pièces détachées pendant plusieurs années pour les camions Bernard en circulation après la disparition de l’entreprise.