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Fondation de l'Automobile Marius Berliet

Le Berliet T100 « Tulsa » – chapitre 1 : le projet

Quatrième et dernier Berliet T100 de la fratrie, après deux sahariens et un 6×4 dumper, le T100 « Tulsa » se démarque par sa cabine avancée. En outre, contrairement aux trois autres, il n’a jamais travaillé en situation réelle. Retour sur son destin particulier…

Objectif : l’export vers les USA !

Nous sommes en février 1959. Alors que le T100 n°2 6×6 saharien effectue des essais prometteurs dans le grand Erg, les ingénieurs de l’usine de Monplaisir travaillent activement au montage d’un nouveau modèle susceptible de « percer » le marché Outre-Atlantique.

 

Étude de style pour le futur T100 n°4 Tulsa

 

 

Berliet T100 Tulsa aux essais en 1959

 

Le projet de Paul Berliet est de présenter un T100 dans le cadre de la Foire-exposition mondiale et quinquennale des matériels pétroliers, prévue du 14 au 23 mai 1959 à Tulsa (Oklahoma). Cet événement est d’importance puisqu’il célèbre également le centenaire de la découverte du pétrole en Oklahoma ! Dans la foulée, Berliet compte également briller dans deux autres occasions exceptionnelles : le Congrès International du Pétrole de New York, du 30 mai et 5 juin 1959 et la Foire de Chicago, du 2 au 18 juillet 1959.

Interrogé sur le sujet en 2006, Paul Berliet déclarait :

« Comme ce sont les américains qui étaient les exploitants de pétrole dans le monde, j’avais besoin de vendre des T100 aux américains car le seul Sahara n’était pas un débouché commercial suffisant. (…) Pour conquérir les USA, il « faut ce qu’il faut ». J’ai donc engagé Clive Entwistle, un styliste de New-York pour qu’il me dessine un camion qui « ait de la gueule ». Avec un design américain, un moteur (Cummins), une boîte de vitesses (Clark) et des pneus (Goodyear) également américains, je me disais que nous avions mis toutes les chances de notre côté.

 

Montage T100, hall Gamme lourde, usine B Monplaisir

 

L’équipe de montage devant le T100, Monplaisir 1959

 

Un look futuriste

Alors que les autres Berliet T100 sont des camions « à capot » aux lignes légèrement arrondies, très typées années 50, le nouveau venu aura une cabine avancée… et quelle cabine ! Géométrique, taillée en larges pans, elle ne ressemble à rien d’existant. L’habitacle offre une habitabilité de cinq places assises de front. Outre le modernisme de son look, cette configuration permet de dégager une meilleure surface de chargement et une visibilité optimale. L’étude, réalisée à partir des croquis de Clive Entwistle, est confiée à la société parisienne « Formes et fonctions ». Afin de bien se démarquer de ses frères au confort plus « rustique », le T100 Tulsa est équipée d’une climatisation, d’une radio de liaison mais également de couchettes et d’un réfrigérateur. Une cuisinière est même prévue en option.

 

 

 

L’intérieur de la cabine du T100 Tulsa

 

 

Le profil atypique du T100 Tulsa

 

 

Le plus polyvalent des Berliet T100

Configuré pour un usage pétrolier, le plateau du Tulsa est équipé d’un treuil Garwood. Des fixations sont prévues sur le côté afin de permettre le montage des deux bras latéraux d’un « gin pull ». Le plateau est également équipé d’une sellette escamotable pour l’attelage d’une semi-remorque. Berliet estime en effet que l’emploi de ce T100 pour les transports exceptionnels hors zone désertique, est tout à fait envisageable, grâce notamment à ses gros pneus à basse pression qui ne devraient pas détériorer les routes.

Sur cette vue aérienne, on distingue le treuil Garwood et les fixations de gin-pull.

Des perspectives prometteuses :

(interview de Paul Berliet - Berliet Information juillet 1959)

« Le T100 est à l’échelle des besoins de l’industrie moderne. Il ne doit pas être cantonné uniquement au transport des masses indivisibles dans le désert. D’autres possibilités se sont révélées comme les mines à ciel ouvert et peut-être l’Alaska car l’Amérique rêve et espère cette région comme nous rêvons et espérons du Sahara. L’Alaska, démuni de routes, recèle des quantités de matières premières dont l’exploitation est difficile à cause du froid et de la nature du sol. Ce sont donc des véhicules spéciaux qui permettront d’exploiter un jour toutes ses richesses. Dans l’immédiat, l’utilisation qui pourrait de préciser pour le T100 aux USA serait le transport du charbon des mines à ciel ouvert qui se développent de plus en plus. Actuellement, les véhicules utilisés là-bas sont des 450 ch traînant une remorque de 80 tonne, dont les capacités sont très insuffisantes. »

 

A suivre : chapitre 2 – en route pour les USA !

Détails du dépliant Berliet de 1959 (cliquer pour agrandir les diapositives)